Les avantages économiques du « Broadcast Offload » dans le trafic des données mobiles

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Le trafic des réseaux mobiles va continuer d’augmenter de manière très significative dans les prochaines années ; en France par exemple, il sera multiplié par 10[i] entre 2014 et 2019, pour atteindre cette année là 3.068 PB[ii]. Cette augmentation s’explique par une pénétration de plus en plus élevée des smartphones et tablettes, et d’une consommation de contenus vidéo de plus en plus répandue[iii] sur ces terminaux.
 

Cette croissance très rapide n’est pas sans poser des questions quant à l’évolution des réseaux mobiles dont la capacité doit en permanence être augmentée, ce qui signifie des dépenses et des investissements en augmentation constante de la part des opérateurs mobiles alors que leurs revenus sont plutôt en stagnation ou en décroissance ; on peut ainsi estimer que le surcroit d’investissement (par rapport au niveau actuel de 6-7 Mds€[iv] par an) nécessaire pour faire face à la croissance du trafic mobile serait de 50 Mds€ sur la période 2015-2019, même en supposant un gain de productivité (coût de production unitaire du GB de trafic mobile) de 70% sur la période.
 

Ainsi, il apparaît que la simple poursuite de la croissance des réseaux au rythme de celle du trafic amène à une équation économique délicate et que d’autres approches sont requises.
 

Parmi les nouvelles approches possibles, celle du « broadcast » retient en ce moment l’attention d’un grand nombre d’acteurs de l’écosystème mobile ; l’approche « broadcast », qui est celle qui prévaut pour la diffusion des programmes de radio et de télévision depuis les origines, consiste à envoyer en mode «  point à multi point » le contenu numérique ; ainsi, quand un certain contenu est transmis, au lieu qu’un seul terminal (approche unicast, quasiment systématique dans les réseaux de télécom filaires ou mobiles) puisse recevoir ce contenu, tous les terminaux situés dans la zone de couverture peuvent recevoir ce contenu. S’il s’agit d’un contenu de type « direct », les terminaux le visionnent (ou pas) au moment où il est transmis, s’il s’agit d’un contenu de type « à la demande », les terminaux le stockent (pré-chargement) jusqu’au moment où chaque utilisateur choisit, éventuellement, de le visionner.
 

Cette approche de broadcast, appliquée aux contenus les plus populaires (souvent appelés « fat tail »),  permet évidemment de réduire considérablement le trafic sur le réseau, puisque on peut remplacer des millions de transmissions  « unicast » par une seule transmission « broadcast ».

Selon l’analyse menée par TDF et Rise Conseil, l’offload via une transmission broadcast des contenus populaires permettrait de réduire la charge sur le réseau unicast de 48% ; ainsi, si pour commencer, on imaginait qu’environ 30% de la population française puisse être couverte par un réseau broadcast adapté au mobile, c’est 220 PB de trafic en moins à acheminer sur les réseaux mobiles.
 

Compte tenu du coût modéré qui serait celui du réseau broadcast (estimation : 45m€ /an), cet « offload » représenterait une économie annuelle de 1 Md€ en 2019, et environ 10 Mds € en cumulé sur 2016-2025.

C’est donc une réduction de coût très importante qui serait rendue possible par l’offload broadcast ; elle s’accompagnerait d’une importante réduction de la consommation d’énergie, et d’une réduction de la pression sur les fréquences et sur l’implantation de nouvelles antennes relais.

Cette approche d’offload avec pré-chargement a été testée expérimentalement, mais sa mise en œuvre systématique demanderait néanmoins un certain nombre d’adaptations, notamment techniques.

 

[i]      Cisco VNI - France - 2019 Forecast Highlights

[ii]    Tous réseaux confondus, y compris trafic acheminé via wifi sur terminaux mobiles PB = Peta Byte ;
1 PB =  1 millions de Giga Bytes (GB)

[iii]    D’après la plupart des études, la vidéo, prise dans un sens large c’est à dire recouvrant aussi bien la TV en direct, la TV de rattrapage ou les sites de partage de vidéos, représenterait 70 à 80% du trafic des réseaux mobiles.

[iv]    Investissements cumulés annules de l’ensemble des opérateurs français (source ARCEP)