Intervention Olivier Huart - Colloque NPA-Le Figaro du 2 juin 2015

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Table ronde CONNECTER : Smart home, smart cities, smart grids… Quelles technologies dans un univers 100% connecté ?

Olivier Huart, PDG de TDF, a rappelé en guise d’ouverture de la première table ronde, les trois défis à relever pour ne pas rater le virage de l’économie connectée.

 

Vie privée et sécurité des réseaux

Le président de TDF a commencé par lister les défis liés à la sécurité. Il a évidemment distingué les risques de piratage mais l’intervenant a tenu à rappeler que « la peur ne doit pas nous faire renoncer au progrès » même si la sécurité des réseaux est un prérequis pour que le marché puisse décoller. En s’appuyant sur une étude CSA/Orange qui révèle que 85% des français s’inquiètent du traitement des données personnelles, Olivier Huart a souligné l’importance de la protection de la vie privée pour pouvoir amorcer et démocratiser le marché de l’internet des objets mais il estime que la protection absolue de la vie privée est un leurre. Selon lui, les utilisateurs sont prêts à renoncer à une partie de leur vie privée, si la contrepartie en vaut la peine.

 

Pour Olivier Huart, une économie connectée peut rendre caduque les systèmes habituelles de responsabilité. Il faut donc un cadre juridique neuf afin de sécuriser les nouveaux usages. Le président de TDF a pris l’exemple des voitures autonomes, qui ne font pas véritablement l’objet d’une réglementation pour l’heure, notamment en termes de responsabilité en cas d’accident. L’économie connectée ne doit pas devenir une zone de non-droit.

 

Le consommateur : « L’économie connectée se fera avec le consommateur ou ne se fera pas »

Deuxième élément fondamental de son discours introductif : la révolution de l’économie connectée devra se faire avec l’adhésion du consommateur. Dans le cas de la Smart City par exemple, les technologies n’ont de valeur que si, en parallèle, les comportements et les processus s’adaptent de façon évolutive aux façons de vivre et de travailler. Le rôle des distributeurs est également essentiel pour effectuer le travail de pédagogie afin que le marché des objets connectés devienne un marché de masse. Selon un récent sondage Médiamétrie, seulement 9% des français ont conscience de ce que sont les objets connectés. Pour Olivier Huart, cette nouvelle économie n’est pas intuitive et devra être accompagnée par un effort de pédagogie afin que le consommateur passe du stade de la curiosité (ludique), à celui de l’utilité (reconnaît au produit un véritable intérêt) puis à celui de l’interdépendance. Il faut modifier durablement le comportement des consommateurs pour que l’économie devienne mature. Apple offre un exemple édifiant avec son premier ordinateur user-friendly qui lui a permis de démocratiser son produit à travers le monde. Ici l’enjeu est de réaliser une révolution numérique du même type, afin d’offrir une expérience facilement appropriable pour le consommateur, et en même temps de développer une expérience « data-user friendly ».

 

La valeur : « le marché de l’Internet des objets devrait dépasser les milliers de milliards d’euros »

Selon le président TDF, les acteurs qui ont un temps d’avance aujourd’hui sont ceux qui font déjà le lien entre la technologie et le client. Il a souligné ensuite un élément important en rappelant que cette révolution fait face à une bipolarisation de l’économie : en effet l’internet des objets est aussi synonyme de revanche des petits débits (à l’heure de la course au très haut débit) qui connecteront les milliards d’objets connectés de demain, c’est donc un intérêt renouvelé pour les réseaux d’hier. Enfin, selon lui, « les infrastructures vont représenter le centre névralgique de l’économie connectée ». L’internet des objets n’est donc pas une « lubie de geek », mais bel et bien une nouvelle économie qui est en train de se construire de manière transversale en touchant toutes les industries traditionnelles, les obligeant ainsi à repenser leurs business models. L’économie connectée est avant tout une économie de services et devra se tourner à la fois vers le produit et vers l’usage final.